Superflu: la décroissance chez MacDonalds

La recherche scientifique est une activité dangereuse. Il nous est parfois demandé de manipuler des composés chimiques instables, des virus contagieux, des substances cancérigènes, des liquides corrosifs, de la matière radioactive, et il convient de ne pas confondre son verre de Whisky et le bécher d’urine de Dudule, le hamster qui rit quand on lui manipule le génome.

Pour vous dire à quel point le métier est dangereux, j’eus dernièrement entre les mains le numéro de novembre de Air le Mag, la magazine gratuit de MacDonalds. Vous savez comme sont les hommes de science: montrez-leur l’abîme, ils essaieront d’en sonder le fond au mépris du risque et finiront selon toute vraisemblance à en remonter un truc pouvant potentiellement anéantir l’humanité.

C’est précisément ce qui est arrivé.

Je ne m’étendrai pas sur l’analyse de l’intégralité du torchon magazine, puisque comme son nom l’indique, il est principalement composé d’air. Cependant, un article devait faire clignoter plus que de raison mon compteur à conneries. Si la connerie partage avec l’Uranium sa toxicité et la durée record de sa nocivité si on ne l’enterre pas très vite, la similitude s’arrête là puisque contrairement au minerai radioactif, on laisse des tas de conneries entre les mains de n’importe qui et qu’on ne s’en sert même pas pour produire de l’énergie.

L’article qui a fait péter les compteurs s’intitule le Superflu, on n’en veut plus! et est disponible en cliquetant doucement sur ce lien :

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Les plaisirs simples du quotidien : s'abandonner dans la contemplation d'un mur blanc.
Eva, Blogueuse Mode et Lifestyle minimaliste, ici absorbée dans la contemplation d’un mur en crépi blanc.

Cet article nous raconte donc combien souffre la blogueuse quand elle ne sait pas quoi mettre, et comment Eva, représentante de la catégorie socio-professionnelle susnommée, s’est débarrassé du superflu en ne gardant que « cinq sacs à main et sept paires de chaussures ». C’est la troisième ligne de l’article, et l’aiguille est déjà dans le rouge, et ça grimpe encore avec le concept de « capsule Wardrobe » (ou garde-robe capsule dans la langue de Landru), qui, de l’aveu de l’article, est « forcément plus chère, mais plus durable aussi ». Pour vulgariser, le concept est non d’entasser exponentiellement des vêtements bas de gamme produits au Bengladesh comme on l’a toujours fait, mais que chaque nouvel élément acheté, jugé plus eco-responsable et tellement choupinou, remplace un ancien dans un stock à taille définie, et envoie donc de fait son prédécesseur à la poubelle (ou sur le bon coin, mais c’est la même chose). Dans les milieux autorisés, on s’accorde à dire que cela porte un sérieux coup au coté « durable ». Ajoutons qu’il convient de plus de changer de fringues selon les saisons (mais bon ça à la rigueur, nul ne souhaite passer l’hiver en short) et de rester à l’écoute des tendances parce que quand même les slips en raie manta équitable c’est so 2012, et le « capsule Wardrobe » ressemble plus à un cycle de consommation greenwashé qu’à une révolution éthique.

S’ensuit la touchante histoire de Mathilda Kahl, qui pour couper court à ses interrogations quotidiennes sur sa tenue a fini par trancher de manière définitive: « un petit pantalon noir et une chemise blanche en soie, décorée d’un petit nœud au col ». Tenue simple et sobre qu’elle porte désormais tous les jours, sans écart, pour occuper son poste de directrice artistique d’une boite de pub. Job dans lequel elle doit exceller puisque ce qu’elle vient de nous présenter comme un formidable élan de créativité libératoire, c’est un uniforme.

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La simplicité faite homme

Puisqu’il faut étayer, et pointer du fait que « le phénomène n’est pas que féminin », car il est bien connu qu’un phénomène uniquement féminin ne peut être digne d’intérêt, l’auteure de l’article prend soin de nous parler de mâles adeptes du minimalisme vestimentaire: Karl Lagerfeld, qui est un modèle notoire de simplicité sur lequel je pense n’avoir nul besoin de m’étendre, et Barrack Obama qui affirme : « Si je ne porte que des costumes gris ou bleu, c’est parce que j’ai beaucoup de décisions à prendre ». Autant je veux bien entendre qu’il soit difficile de décider de bombarder l’Irak si on se ballade en survet’ Tacchini, autant je pensais tout de même que le costume du président américain, était en quelque sorte lié à la fonction, et qu’il s’inscrivait dans une tradition qui veut que quand on représente une démocratie de 320 millions d’habitants, on ne s’habille ni comme un clodo, ni comme un nabab. Mais il est vrai qu’un rapide comparatif avec ses prédécesseurs souligne clairement la rupture de style vestimentaire:

Snake Plissken dirait : "Plus les choses changent, et plus elles restent les mêmes".
Évolution de la tenue des six derniers présidents américains (photos officielles). Si rupture il y a, c’est George W. Bush Jr. qui l’a opérée, avec l’adjonction d’un pins au veston et le changement de la couleur de la cravate (en langage mode: une révolution chromatique!).

Mais il va de soi que la décroissance ne saurait n’être qu’une question de garde-robe, et que celui ou celle qui s’y adonne y prendra tellement gout qu’il aura envie de tout jeter pour tout remplacer par la version écolo. Adieu les livres, j’achète une liseuse qui consomme de l’énergie, a une durée de vie limitée et qui est pleine de matériaux rares et non recyclables. Adieu aussi les DVD, je prends un abonnement Netflix et j’entretiens un réseau de serveur mondiaux destinés à m’apporter, pour seulement 9,99€ par mois, la sous-culture consumériste que je remets en cause.

L’article se finit d’ailleurs sans même essayer de camoufler ses velléités publicitaire en livrant une liste de sites de location de trucs, machins et autres bidules (dont deux rien que pour les sacs à mains), pour louer ma perceuse plutôt que la prêter, car, en bon ego-responsable, je ne vois pas de souci à coller un tarif sur ma solidarité.

« De quoi contrer, sans se frustrer, les achats impulsifs, et profiter du plaisir de vivre léger », conclut l’article. Parce que finalement, rien ne sert de remettre en cause le désir de consommer, il est plus intéressant de remplacer l’obsolescence programmée par l’obsolescence choisie par le consommateur.

Sur ce, j’en ai fini avec cet article, dont l’étendue foutagedegueulatoire pachydermique aura au moins l’avantage de nous préparer psychologiquement aux mesures qui suivront la conclusion prochaine de la COP21.