Moquons-nous à peu de frais des fruitariens

La grande aventure scientifique commence toujours par l’intérêt porté aux détails. Par exemple, l’autre jour, en me réveillant, j’ai ressenti des petits fourmillements au cul. Après m’être renseigné comme il se doit auprès de la communauté scientifique sur les forums de Doctissimo, quelle ne fut pas ma déception lorsque BabeMAMANGE17, grande spécialiste depuis qu’elle est doctinaute d’or (diplôme équivalent à Médecine BAC+5), m’annonçait froidement que j’étais victime de polypes rectaux non traités qui avaient muté en cancer généralisé du duodénum, et qu’il ne me restait seulement que quelques heures à vivre. Son message était cyniquement ponctué d’un émoticône animé faisant un gros bisou à un chaton, générant un gros cœur rose. J’ai eu la nausée.

C’était l’un des symptômes.

Ne cédant pas à la panique, je suivis alors le lien que me conseillait SePhirOth_du_93, ma seule planche de salut selon lui. C’est ainsi que je me retrouvais sur fruitarien.fr, un site d’analyse scientifique plutôt exhaustif puisqu’il couvre les domaines de la médecine, de l’anthropologie, de l’histoire, de la science, de la nutrition, et même de l’économie. Et qui soigne le cancer du cul, donc (mais pas celui des yeux).

La Home du délit

Le site s’ouvre sur un petit texte introductif qui nous explique qu’il a « pour but de promouvoir les outils permettant d’accéder à la santé parfaite, ainsi qu’à la jeunesse éternelle, et de se rendre totalement indépendant de tout problème de santé, institution médicale en vivant en adéquation totale avec notre nature réelle. » Voilà qui inspire bien confiance, car qui ne voudrait pas, en effet s’affranchir de la maladie, et in extenso du médecin, ces êtres qui écrivent comme des cochons et qui facturent 23 euros en moins de 10 minutes. Je reste cependant nettement plus dubitatif face à la promesse de jeunesse éternelle. En effet, qui voudrait rester a tout jamais la tronche rongée par l’acné à écouter des groupes débiles façonnés pour exploiter commercialement un flux d’hormones surréaliste? Pour autant, le mec qui édite ce site n’est pas fou et se couvre au cas ou vous le prendriez au mot. « En lisant ce qui suivra, vous reconnaissez avoir pris connaissance de l’avis de désengagement de responsabilités de la part de l’auteur et vous reconnaissez prendre l’entière responsabilité de tout ce que vous entreprendrez suite à cette lecture. » Bref, si vous mourez, c’est votre faute, vous êtes un peu con, ce qui n’enlève rien à la haute teneur scientifique de la prose, puisque cela ne contredit absolument pas les théories de Darwin sur la sélection naturelle, bien au contraire.

Faisons fi de cet avertissement, au diable le danger, le cancer du cul me ronge, et je file donc à l’onglet alimentation, où on commence par m’expliquer par « l’anatomie comparée », ce qu’il en est vraiment, tableau à l’appui. En gros, puisque nous ne ressemblons pas à des tigres, ni à des zèbres, ni à des renards, mais plus à des singes, qui sont frugivores (faisons abstraction du cas du chimpanzé qui est omnivore et qui partage avec nous plus de 99% de son patrimoine génétique pouf pouf hopla tu les as pas vus), alors l’homme devrait être frugivore comme son plus proche cousin. CQFD. Pour étayer cette épatante démonstration scientifique, l’auteur, qui a la pudeur de signer Marc L. (allez on t’a reconnu Marc Lévy), ajoute qu’il n’a « personnellement jamais vu un animal utiliser par exemple un rocher pour tuer sa proie et s’en nourrir ».

C’est faire abstraction des loutres, mon ami.

Faut dire aussi que la loutre est bien plus Badass qu'elle n'y paraît puisqu'elle chasse aussi l'alligator.
Enhydra Lutris casse un coquillage sur une pierre en opposition à cet argument.

Mais soyons indulgents, et admettons que cette démonstration ait réussi à vaguement nous mettre un doute sur la nature humaine, c’est néanmoins sans compter sur cette conclusion qui est au rapport de cause à effet ce que Jean Roucas est à la recherche sur l’atome: « Il est facile ainsi de comprendre pourquoi seul l’être humain connaît un si grande nombre de maladie lorsqu’il est si éloigné de sa propre nature (allergie, cancers, sida…etc..) que les animaux sauvages ne connaissent pas dans leur milieu naturel ».

C’est très douloureux pour un homme de science de lire ce genre de choses. C’est dans ces moments qu’on pense à la vacuité de l’univers. Mais faisons preuve de rigueur et de courage et analysons donc. La première partie de la phrase est un monumental morceau de bravoure du Ta Gueule C’est Magique. C’est pas parce qu’on a « prouvé » des similitudes entre l’homme et les singes qu’on obtient une corrélation entre les divergences restantes avec non pas une mais trois maladies. Si on accepte ça, tout est possible. Aleister Crowley, tu lui aurais fait lire ça, il se serait instantanément converti au bouddhisme. Oui, ça n’a pas de rapport. La seconde partie affirme que les animaux ne tombent pas malades, parce que eux sont gentils et naturels. Comme les petits poneys, voilà.

Suite à cela, on nous re-explique que l’homme est forcément frugivore, puisqu’il n’a pas de griffes, et qu’il n’irait par conséquent pas attaquer un animal féroce. Ce qui n’est pas con en soi mais il aurait été intéressant de développer l’hypothèse d’attaquer un animal pas féroce ou déjà mort, pour voir. On en arrive donc en prenant un ou deux raccourcis à l’épatante déduction que c’est plus naturel de grimper dans un arbre pour y cueillir moult fruits et légumes, en omettant par ailleurs que le corps humain n’est pas non plus vraiment bien taillé pour la grimpette, mais à ce niveau on va pas chipoter, hein. L’invention du feu et des outils sont bien évoqués dans ce gloubi-boulga d’idées, mais ce qui découle de quoi n’est pas très clair, toujours est-il qu’il faut BIEN ADMETTRE que tout allait bien mieux quand on ne mangeait pas de viande et qu’on ne faisait pas de feu pour cuire tout ça. Pour un peu, j’ai l’impression d’entendre mon oncle Vania et son « Back to the Trees », qui nous faisait tellement rire, moi et mon délicieux père.

L’argumentaire se poursuit par une énumération des différents aliments toxiques, en reprenant des morceaux copiés-collés d’un peu partout pour faire sa petite tambouille disparate. C’est trop long pour tout vérifier et y’a surement des trucs vrais dans ce fatras, mais je vais m’attarder sur les conneries, si vous voulez bien. Alors pour résumer:

– La viande : des fois que vous n’auriez pas encore bien remarqué, vous n’êtes pas un lion, donc vous n’êtes pas fait pour manger de la viande. On ne le dira jamais assez. Suivent une liste « faits scientifiques » sur les effets des toxines de la viande, l’alignement de tes dents et la profondeur de ton colon. Bien sûr tout ça n’est pas sourcé, ça ferait sérieux sinon.

– Le lait : Gros dossier. Je passe les cinq chapitres qui nous expliquent quelle molécule fait quoi dans la vache, dans le bébé, dans le veau et dans ta mère. Comparez ensuite votre bébé à un veau et constatez la différence, puis comparez la vache à ta mère et constatez une fois de plus la différence (oui, ça demande un gros effort de conceptualisation). Concluez que la vache est faite pour allaiter le veau, et ta mère pour allaiter l’enfant. Donc, (Ta Gueule C’est Magique) le lait est mauvais pour l’homme. Et d’ailleurs « à la puberté, l’adolescent, [l’] élimine tant bien que mal […] par le biais de la peau. C’est ce que l’on appelle l’acné juvénile ». Voilà, l’acné, c’est du lait, Kevin peut donc éclater ses pustules dans ses Miel Pops le matin. Notons d’ailleurs que l’auteur ne nous propose pas de comparer un ado à un veau, la différence étant nettement moins flagrante.

Bruno comby, avec Carla Bruni y'a combo!
Bruno Comby

Contrairement au chapitre précédent, nous avons ici une véritable diarrhée de sources, un peu comme si l’auteur avait voulu donner l’impression d’un consensus scientifique en expulsant morceaux de noms et coulées d’ouvrages sur la faïence de la rigueur scientifique. Pas le temps de vérifier tout ça, je me suis arrêté au remarquable: « Bruno Comby constate des améliorations des états de sida avec la suppression des laitages ». Wow! Je file sur la page de l’Institut Bruno Comby (IBC) où, après que la home-page des années 80 m’aie donné envie de me gratter la cornée avec un tire-bouchon, j’apprends que l’IBC « est bien connu […] pour ses recherches scientifiques pionnières sur les bienfaits de la sieste ». Une méthodologie de travail difficilement discutable.

Les céréales, légumineuses, noix et graines : C’est pas bon pour toi, car « d’après les rapports archéologique, le rachitisme est rare voir absent dans les squelettes humains précédant l’agriculture ». Moi qui aurait mis ma main à couper que c’étaient les squelettes d’humains précédant l’agriculture qui étaient trop rares pour obtenir un échantillon représentatif. Mais à ce niveau, je ne voudrais pas qu’on m’accuse de faire du mauvais esprit.

– Le sucre blanc : Là, avant même de lire, je me dis que le sucre blanc, il va prendre cher, tellement c’est un lieu commun que c’est mauvais pour la santé. Jean-François Copé a d’ailleurs tenté de dénoncer le racisme anti-sucre-blanc, mais à l’époque le message était mal passé. On apprend donc ici comment des méchants scientifiques fous fabriquent le sucre blanc dans leur laboratoire du mal en prenant bien soin que « toute la vitalité et les forces protectrices en ont été détruites », et qu’ensuite ils le déguisent en sucre brun « pour mieux embrouiller le consommateur ». Après ça, ils se recroquevillent dans l’ombre en ricanant comme ça: hin hin hin! Le complot.

Réunion secrète des industriels du sucre le jour de Samain.
Réunion secrète des industriels du sucre le jour de Samain.
Accessoirement, les publications scientifiques de ce monsieur sont marquées par son engagement religieux ultracatho, mysogyne et homophobe. Décontrasté on vous dit.
Professeur Henry « Garcimore » Joyeux

– La cuisson: Peu de nuance ici. On vous explique que la cuisson entraine différentes modifications moléculaires selon la durée et la température, mais que de toutes façons ça finira bien par vous tuer à la fin de votre vie. Sur le micro-onde, en particulier, on nous relate l’expérience du Professeur Joyeux sur des souris. Avec un nom pareil, on le sent bien sympa le bonhomme, on se dit qu’il a pris les petites rongeurs, qu’il leur a donné des petits aliments tantôt cuits au micro-onde, tantôt cuits vapeur, ou tantôt crus, puis qu’il leur a inoculé des cellules canchéreuses au petites chouris, avant de regarder et ooooh, la petite chouris elle est morte. Hihi. Fachile, Décontrachté.

C’était Professeur Joyeux.

Marc L. reprend donc son argumentation propre (« propre » a ici le sens de « qui lui appartient », je tiens à le préciser) et cesse donc de copier-coller pour nous parler de « l’alimentation frugivore/fruitarienne ». Avantage: c’est plus succinct. Inconvénient: c’est plein de fautes et tout repose sur des syllogismes ou des lieux communs.

Tout l’exposé précédent étant sensé nous convaincre que « la médecine est complètement à coté de la plaque, que les lobbies pharmaceutiques, bovins, laitiers s’opposent farouchement à ce qu’une vérité dérangeante face surface », je suppose que, puisque c’est une conspiration, il est inutile de faire remarquer ici que 80% des hommes de Neanderthal mourraient avant 30 ans, chiffre à comparer avec notre espérance de vie actuelle: 82 ans en moyenne aujourd’hui en France (source Ined). Mais ces chiffres doivent être trafiqués par les industriels du sucre blanc. Enchainons.

« Saviez vous qu’un fruit se digère a peine en moins d’une heure (s’agit-il ici d’une habile métaphore pour nous dire que le fruitarien en chie?) […] Ainsi rapidement digéré le corps peut se consacrer à […] renouveler les cellules, les organes, la peau, pour les maintenir jeune et en pleine santé. » Et de conclure : « Le fruit est un des aliments les plus nettoyant ». Ce qui ne veut rien dire. Diurétique, détoxifiant à la rigueur, mais là, on dirait qu’il nous propose une cure de Paic Citron. Marc, qui est plutôt loin d’avoir fini de nous convaincre s’engage ensuite sur une explication un peu confuse concernant les possibles effets secondaires négatifs de la diète qu’il nous vend. De fait, il est « tout a fait normal lors des premières semaines de consommation de fruits uniquement de se sentir fatigué, irritable, faible et de perdre du poids. » Rien a voir avec des carences, hein, parce que… parce que… (roulements de tambours)…« C’est un peu comme lorsque l’on fait une recherche anti-virus sur notre ordinateur. […] Cela s’explique car l’ordinateur priorise et met toute sa puissance uniquement sur cette tâche et laisse donc peu pour le reste. »

Voilà. Tu es un ordinateur qui mange des fruits « nettoyants ». C’est scientifique.

Fonctionnement du système immunitaire humain.

Le professeur Joyeux me manque.

La FAQ, ensuite:

Première question : « Qu’est-ce qu’un fruit? Le fruit est la partie comestible et charnu de la plante entourant la graine/noyau. » Voilà, j’ai absolument aucune vanne à faire là-dessus. C’est vrai, vérifiable, un peu laconique peut-être sur un site qui fait l’apologie du fruit, mais c’est le premier truc de cette page qui n’est pas une monumentale connerie, et je tiens à le souligner afin de ne laisser aucun doute sur mon objectivité. après avoir lu autant de bêtises, j’ai presque envie de dire merci (mais bon faut pas exagérer non plus, ce n’est qu’une phrase dans un océan de foutre argumentaire, avec en plus une faute dedans).

On enchaine ensuite sur: « Existe-t-il un meilleur aliment que les fruits? » Ah, Marc, petit coquin, je te vois venir avec ta question orientée, tu vas nous remettre une petite couche de prosélytisme. Eh bien, chers lecteurs qui n’ont pas encore décroché, c’est une envolée lyrique qui vous attend. « Les fruits sont un tel délice pour tous sens. De tous les aliments disponibles, les fruits sont les plus beaux, délicieux et agréables ». OK, je recule d’un pas et je te regarde de loin, j’ai peur d’être éclaboussé d’objectivité. Après une liste élogieuse de tout ce qu’on peut faire quand on vit en symbiose avec la nature, notre facétieux hôte nous demande: « N’y a-t-il rien de mieux que de dévorer une délicieuse mangue mûre durant une chaude journée d’été? » Toi, t’es en train de me dire que ce qu’il y a de plus naturel, c’est de manger une Mangue? En France? Parce que ça pousse dans la forêt de Tourcoing, les mangues? Parce qu’être en communion avec son soi naturel hérité de nos ancêtres du paléolithique, c’est de prendre sa Renault 5, foncer fissa jusque Carrefour (en n’omettant pas la clim parce qu’il fait chaud cet été), et de s’offrir une bonne mangue bien juteuse importée par avion de plantations intensives Indiennes probablement traitées au pesticides qui d’ailleurs prive d’habitat toute une colonie des mêmes singes anthropoïdes que ceux dont tu te réclamais dans ton « étude d’anatomie comparée »?

Passons les questions sur les protéines, puis sur le sucre, qui sont globalement des redites de ce qu’on a vu plus haut. Car être Frugivore, c’est aussi ne pas craindre la redondance. Puis passons aussi sur le fait de savoir si les fruits sont alcalinisants ou acidifiants, car bien que la question semble faire l’objet d’un débat d’expert entre les hippies new-age végétaliens et les militants PETA naturistes frugivores, nous autre gens normaux on s’en fout un peu. La question suivante étant « Que mange un Frugivore/fruitarien », autant dire que le lecteur qui n’aurait pas compris à ce stade de quoi on parle est un peu con, ne m’aura par conséquent pas lu jusqu’ici, et sera donc déjà retourné depuis longtemps sur jeuxvidéo.com parler du cul de Lara Croft. Je passe donc la question, ainsi que la suivante qui est de savoir si oui ou non les fruits sont mauvais pour les dents (la réponse est non, mais brossez-les quand même, si possible avec un castor que vous remettrez sur son barrage ensuite).

Castor franchissant un barrage en tractant une branche .
Castor franchissant un barrage en tractant une branche .

« Comment reconnaitre l’instinct de l’addiction? » Question retorse, réponse à la con: vous vous souvenez, en gros que ce qu’on vous a dit jusque là, c’était de suivre votre nature et d’écouter votre instinct. La, on vous explique tout. En gros, si vous avez envie de manger un fruit cru, c’est l’instinct. si vous avez envie de quoi que ce soit d’autre, comme par exemple un aliment « ayant besoin de connaissances techniques pour les manger (fourchette, couteau requis) », c’est que vous êtes un être corrompu par le grand capital dont l’âme est noire comme le charbon. A votre place, je ne ferais pas le fier.

Après, ça devient un peu effrayant: « Je fais un yoyo alimentaire, c’est trop dur, je replonge sans arrêt dans mes addictions, je suis fatigué et irritable constamment, que faire? » On a envie de répondre que c’est normal, tu es en train de mourir et ton corps essaye désespérément de survivre. Malheureusement, tu cherches des réponses au mauvais endroit, et c’est Marc L. qui va te guider, en te demandant de t’éloigner de « la pression sociale, lorsque nous ne sommes pas encore mature dans le chemin.[…] Peut-être des gens à la suite de ce changement s’éloigneront, d’autres se rapprocheront certainement, n’ayez crainte de cela ». C’est moi ou le mec te conseille de t’isoler  et de rentrer dans une secte, là? Genre éloigne-toi de tes amis, mêmes les végétariens, ces gros con qui ne font rien que s’inquiéter pour ta santé:

– Allez René, tu va tout de même pas refuser une p’tite tranche de carotte bouillie quand même? T’es tout blême et tu va aux gogues toutes les 20 minutes. Et pis prend donc des féculents, j’ai des lentilles dont tu me donnera des nouvelles.

– Non, Georges! JAMAIS! Ce sont des Légumes! Des LEGUMES, tu m’entends! Et lâche donc cet artefact technologique qui corromps ton âme au profit du consortium des industries pharmaceutiques et sucrières du MAL!

– Qu’ess’tu racontes René? C’est juste ma fourchette.

L'horreur du progrès technique au service de la déshumanisation de la société
L’horreur du progrès technique au service de la déshumanisation de la société

Non, faites plutôt confiance aux gens dont suivre les conseils vous ont amené dans un état dépressif, ce sont probablement les mieux placés pour savoir quoi faire.

Nous en venons un peu plus loin (après deux ou trois autres questions dont je ne parlerais pas puisqu’elle ne servent qu’à rabâcher ce qu’on nous avait déjà – mal – expliqué) « Où trouverai-je la vitamine b12 qui se trouve uniquement dans les produits animaux? ». Cette question, comme toutes les questions qui sous-entendraient que vous pourriez vous intéresser un peu au sujet, elle ne plait pas du tout à Marc. En effet, elle est la preuve que vous êtes encore en train de remettre en doute sa parole, sur un sujet trivial. Il commence donc sa réponse par une petite tape sur le nez, un cinglant: « Pensez vous que les animaux sauvage compte le nombre de calories qu’ils consomment chaque jour? le nombre de protéines, de vitamines requises? Evidemment non, ils n’en n’ont même pas conscience. » Pardon de n’être pas une vache et de me poser des questions. Heureusement, Marc est sympa et va quand même nous mentir répondre, en nous disant que de toutes façons, les sportifs de haut niveau ne la métabolisent plus (ce qui non seulement est faux, mais en plus on s’en tape à moins d’être un sportif de haut niveau), et que « En réalité, la vitamine b12 est présente aussi bien dans les fruits et dans les plantes sauvages mais […] les rinçages excessif  les font disparaitre ». Donc c’est encore un complot des lobbies qui font exprès de trop laver vos fruits, les salauds. A noter que non seulement la B12 ne se trouve donc PAS dans les fruits, mais que sa carence se déclare souvent ‘après plusieurs mois) et entraine l’anémie, et que ça n’est personnellement pas la méthode que j’emploierai pour éloigner le médecin.

Je ne traiterai pas les questions sur la pratique de sport, ni celle de savoir si on doit boire si on n’a pas soif, pour en venir à celle sur l’aspect économique de la chose: cela revient cher. Alors, pour Marc, oui, les fruits, c’est cher, mais comme vous ne serez plus jamais malades, vous n’aurez plus de frais de santé, y compris frais de chirurgie esthétique, puisque vous deviendrez instantanément beau (« l’aspect physique retrouve sa beauté harmonieuse et sa radiance naturelle », on ne peut pas être moche naturellement, bonne nouvelle pour Yvette Horner). Mais vous ferez aussi des économies d’eau, puisque « les douches sont beaucoup plus rapides, car le corps est intérieurement plus propre ». Chez moi, la douche nettoie seulement l’extérieur du corps. Je ne veux pas savoir ce que fait Marc avec son pommeau. Ajoutez à cela une « réduction en nécessité de shampoing, savon, dentifrice, inutilité des crèmes hydratante/gommante, anti-ride, anti-acnée, huiles pour la peau, lotion solaire, parfum, déodorant, produit pour la santé des ongles. », puisque a priori vous suerez désormais directement vos produits de beauté.

Pour les plus jeunes qui auraient eu le courage de me lire jusque là : voyez les ravages de la drogue.

Les ravages de la drogue (allégorie)
Les ravages de la drogue (allégorie)

Vous ferez aussi pas mal d’économie dans votre cuisine puisque vous n’avez besoin de rien d’autre que vos deux mains et d’une mâchoire pour vous empiffrer de fruits (n’oublions jamais que couteaux et fourchettes requièrent trop de « connaissances techniques »), mais enchainons, car vous brûlez surement de savoir pourquoi un fruitarien est éthiquement supérieur à toi, pauvre sous-être au régime omnivore/végétarien/végétalien. Bon. Alors déjà, puisque tu ne cuisines plus, tu n’as plus besoin d’électricité ni de gaz. se chauffer en hiver? Un truc de débile omnivore. Mais surtout vous assisterez à « l’extinction de la majeure partie des entreprises agro-alimentaire les plus polluantes et désastreuse pour l’écologie mondiale qui n’auront plus de raison d’exercer PLUS BESOIN! ». Cette phrase est remarquable, puisqu’elle contient non pas deux, mais trois constats, dont chacun est d’une connerie monumentale. Pour commencer, on part de l’étonnant principe que la globalité de l’humanité est devenue fruitarienne ce qui relève de la science-fiction au vu des arguments amenés jusqu’ici. Ensuite, on admet sans sourciller que si tout le monde mangeait des fruits, nous n’aurions plus besoin des les cultiver en masse (alors que le bon sens le plus basique pousserait même Oui-Oui à se dire que si on consomme plus d’un produit, on a tendance à avoir besoin de le produire plus intensément). Quant au troisième constat à la con, il revient à dire que si on ne consommait que des fruits, il ne se trouverait personne pour en faire commerce. La téléportation dans le monde des Toupoutous, en somme. Marc conclut son paragraphe ainsi: « La futur de l’humanité est radieux : les taches du travail humain, ne serviront plus à SURVIVRE (puisque la nourriture est gratuite, car partout) mais servira à des tâches ennoblissantes ». Des taches « ennoblissantes », certainement, mais souvenons nous qu’être fruitarien, c’est aussi accepter de devoir chier toutes les heures. Les taches seront surtout au fond des slips, si on veut mon avis.

Dernière question : A quoi dois-je m’attendre une fois que la détoxication sera terminée, Quels seront les bénéfices? Tout d’abord, il faut savoir que vous éprouverez un « Sentiment de pleine santé en globalité comme une seule entité et non plus divisé avec des organes mieux que d’autres… » Comme cette phrase ne veut rien dire, vous pouvez piocher ce qui vous arrange dans une liste de bienfaits possible qui ressemble fort à la carte d’un voyant Medium Africain. Moult choses vous sont promise, telles l’élimination du flux menstruel, la repousse des cheveux, une « perte de poids, de gras, de cellulite et remodelage de tous les tissus », une meilleure vigueur sexuelle, le développement des compétences professionnelles (hein? mais comment?), l’élimination de la timidité, mais j’avoue que moi, ce qui m’a le plus séduit c’est la perspective d’un meilleur « self contrôle sur […] les bonbons ».

En outre, vous serez « libéré des peurs, de la nature, des animaux inoffensifs », car les animaux inoffensifs vous oppriment depuis le début, les salauds.

Ajoutons pour finir la promesse de l’« élimination totale de tous les symptômes de vieillesse ainsi que de toutes les conditions dégénératives typique de l’adulte d’aujourd’hui, avec la conquête d’une totale nouvelle santé et vitalité pour plus de 100 ans…. ». Voilà bien le genre de promesse crédible et mesurée qu’on ne fait pas en l’air.

Voilà, c’est fini, et pourtant je n’ai traité que de l’onglet « alimentation ». Il en reste d’autres, puisque l’un décrit les bienfaits du jeûne afin de « montrer son efficacité sur toutes les maladies existantes mental, physique, allergique, chronique Cancer et sida y compris! ». Oui ma bonne dame, et dire que les média de l’industrie pharmaceutique des lobbies nous cachent ça. Je viens donc d’envoyer un petit mail amical à Marc concernant le traitement du cancer, j’en reparlerai si j’ai une réponse.

Je vous quitte donc en vous assurant que grâce au fruitarianisme, « l’alimentation sera pour vous l’aurore d’une conscience grandissante vers des plus grands mystères de l’univers et de la vie ».

Mais avant, reprenons tous ensemble un peu de schnouf. Merci.

Car il y a plus grave. Apparemment minoritaires et sectaires, les fruitariens sont parmi nous, infiltrés dans nos cités et nos magasins Bio, détruisant petit à petit le capital de Guy Degrenne. Ils ont des accointances jusqu’au sommet de l’État et leur puissance est sans limite, tel que le prouvent ces images d’archives. Comment avons nous pu être aveugles à ce point?

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